C. Tièche

Mon existence et mon travail ne font qu’un,  j’aspire à l’harmonie de l’action correcte de ce que je suis, la Vie, la Nature des choses m’indiquent par leur munificence le chemin à parcourir. Tous ceux qui avant moi ont œuvré et œuvrent encore dans la justesse de leur être qu’ils soient connus, inconnus, vivants ou morts m’apportent leur savoir, et je n’ai plus qu’à leur dire merci et me mettre au travail, comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement. Mon évolution se fait par acceptations ou dénis et jamais je ne serai tranquille tant que d’autres paient les pots cassés du profit et du mépris des hommes. Seul je ne crée pas; seul je n’invente rien. Je témoigne n’en déplaise aux discoureurs et à leur langue de bois. Je suis à peu près libre. Voilà pourquoi j’existe. Voilà pourquoi je peins. Voilà pourquoi je sculpte. Voilà pourquoi à vos illusions je préfère mes utopies. Merci à mes enfants: Aurélie, Marina et William. Merci à Mahala, elle sait pourquoi. Merci à tout ce qui chaque jour enrichit mon existence.


Prénom Claude

Il faut aller tout de suite à l’énigme. Pourquoi peindre et sculpter? Claude Tièche donne lui-même à le pressentir. Un regard porté sur sa personne suffit. Il n’est pas heureux dans le système qui l’environne. Ou seulement par accident. Ou par miracle, parfois, du côté des femmes et plus rarement du côté des hommes. Sinon le désert et la déception règnent. Trop de bavardages, trop de mondanités, trop de fuites, trop d’épaisseur, et trop d’absence ou de mollesse. Et pas assez d’instinct, ni de générosité, ni d’âme, ni de justesse. Il s’en est suivi deux choses. D’une part, la biographie de notre homme. Et plus précisément la rudesse qui la marque – et qu’il s’impose d’ailleurs à lui-même au point de ne se désigner que par son nom, par exemple. Tièche sec et sonnant, comme une ficelle qui claque. L’usage du prénom casserait la règle du je, vous comprenez. Ou celle du jeu. Pour le reste: des accidents, des guérisons, quelques marées basses d’alcool et de solitude, et leurs lots fragiles de rédemptions. Et d’autre part, le travail. Ce qui frappe ici, qu’il s’agisse indifféremment de la peinture ou de la sculpture, c’est une radicalité des formes constamment visitée par un élément qui naît, qui surgit ou qui s’élève. Je veux dire: un langage permanent de lignes droites de fer ou de fonte et d’à-plats fuligineux franchement déposés sur leur support, mais travaillés les uns et les autres par une faille vive et féconde, par des rondeurs de grossesse, par des suspensions joueuses ou par des teintes éclaircies évoquant les pâleurs d’un jour imminent. Tel est le pays le plus vivant et le plus doux de celui qui signe Tièche. Quand il est à l’œuvre il en devient Claude en effet, réconcilié par lui-même avec lui dans le monde – le temps d’un espoir, d’un souvenir, d’une rencontre merveilleuse ou d’un pleur apaisant, qui chantent au cœur du métal ou de la toile.

Christophe Gallaz

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